Sonja

Sonja

 Écrite par: Tarek Lamouchi

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Personne n’a jamais vu le vrai visage de la princesse Sonja ;

Plusieurs l’ont imaginé, des poètes l’ont chanté, des braves guerriers ont essayé de pénétrerons château de cristal dont  le minarets’enfonce dans les nuages, mais aucun d’entre eux n’a réussi à la voir même furtivement.

D’ailleurs personne ne connait l’origine de son pouvoir. Certain disent quelle est sorcière,d’autres prétendent quelle est descendante des anciennes déesses de la Terre,et d’autres affirment quelle est une femme qui a maitrisé l’art de la Parole.

La princesse  Sonja gouvernait  la ville Imagithos, la ville de l’Imaginaire, bordée par l’immense fleuve Nox, dans lequel coulaient les rêves de millions de gens qui ont déjà vécus sur terre et d’autres qui ne sont pas encore nés. La ville elle-même est un mystère qui a tant attisé la curiosité des voyageurs qui passent à côté de ses immenses murailles en granit sans pouvoir y pénétrer. C’est seulement en montant les collines voisines  qu’on arrive à apercevoir les sept énormes dômes en verre qui occupent l’espace derrière les murailles et qui reflètent les rayons du soleil et empêchent qu’on découvre ce qu’il y a dedans. Seul le palais, bâti juste au milieu embrasse le ciel et envoie de millions de rayonnements avec des centaines de couleurs connus et inconnus, comme si il venait d’un autre monde.

On dit que les habitants de Imagithos, sont des Mots, des Sens, des Lettres et des Sentiments et que toute cette population qui buvait et se baignait dans l’eau sacrée du Nox, se réunissait chaque soir dans la grande salle centrale du palais, et que devant les yeux de la reine Sonja et suivant ses ordres, ils se mélangeaient,trémoussaient, s’accouplaient, dansaient et chantaient dans une énorme orgieque nul ne peut décrire ni imaginer.

A l’aube de chaque jour, les vallées qui entourent Imagithos se réveillent sur des mélodies et des chants que personne n’a jamais écoutés auparavant. Ces incantations mystiques faisaient pousser les arbres plus vite, poussaient les nuages lourds des motsmagiques vers d’autres villes. La pluie qui tombait de ces nuages était comme un écho de la débauche de mots qui a eu lieu la nuit précédente et les gens ontappris à se mettre en abri quand ils voient ces nuages roses passer parce quechaque fois qu’un homme est mouillé par cette pluie, il quittait sa demeure, safamille et sa ville et se dirigeait vers al mystérieuse ville d’Imagithos. Etpersonne ne le revoit après.

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La ville de«Rounar » a eu son lot d’hommes disparus. Depuis des générations, les Rounariens redoutaient le passage des nuagesroses qui étaient synonymes de tragédie pour eux.  De valeureux guerriers sont partis vers lacité mystérieuse d’Imagithos pour découvrir son secret et comprendre pourquoiles hommes sont attirés par les mots liquides de la reine Sonja. Le dernierparmi eux était le Kath seigneur du Mont Blanc et brave guerrier qui a déjàvaincu les barbares Samouriennes venues des années auparavant de l’Ouest.  Il a traversé le Mont Blanc et le Mont Noiravec une centaine de ses hommes,  et achevauché durant de longues journées sur le bord du Nox,  tout en se cachant chaque nuit sous lestentes faites de la peau des anciens Dragons pour ne pas être touchés par lesgoutes de la pluie de Sonja.

La dernièreinformation que les Rounariens ont reçu de cette expédition étaient des motsinsensés de la bouche du seul soldat revenu, le regard hagard, le corps épuisé.  Ses mots étaient tellement synonymes de folieque personne n’osait les croire ou les répéter. Touts les habitants de Rounar ont fait un serrement silencieux de ne pasapprocher les murs géants d’Imagithos et de mettre à l’abri chaque fois que leshorribles nuages jaunes s’approchent. C’était la seule solution qu’ils onttrouvé pour éviter de voir leurs hommes disparaitre un par un enchantés par leschants de la reine, qu’on surnomme désormais « la Reine qui murmure sur lapeau des hommes ».

Dans le temple desRounars ou on vénère l’ancien dieu Pan, un jeune prêtre nommé Thar, s’étaitdécidé secrètement à chercher à voir la reine et à percer son secret.  Thar, fils d’un soldat rounarien mort lors dela guerre contre les Samouriennes et d’une mère qui s’est sacrifié pour le dieuPan après sa naissance, s’est converti en prêtre apprenti quand il avait 10 anset a passé les 10 autres années de sa vie dans le temple à méditer, à lire lesmanuscrits des anciennes religions  et sepréparer pour devenir un grand prêtre. Mais ce qui ‘il ne pouvait pas partageravec les habitants de la ville, s’était que depuis quelques mois, la reineSonja n’arrêtait pas de hanter ses rêves.

Il se voyaitmarcher dans les couloirs du palais en cristal, à contempler d’énormes sculpturesde personnages qu’il n’a jamais connu. Il se voyait pénétrer une chambre vastecomme la cour centrale de la ville de Rounar, avec des murs en marbre noir etun lit couvert de draps rouges qui brillaient comme si une flamme invisible leshantait.  Il se voyait s’approcher du litcomme s’il flottait en l’air. C’est à ce moment là du rêve qu’il voyait chaquenuit, qu’une femme apparaissait  entreles draps et l’attirait dans le lit. Il n’avait jamais pu voir son visage, maisil se réveillait chaque matin tout en sueur avec le goût de la peau qu’il avaitembrassé tout au long de son rêve. Un rêve qui finissait toujours par unsouffle qui murmurait dans son oreille « suis tes rêves, je suis àl’autre bout ».

Thar étaitconvaincu que la femme dans son rêve n’était autre que La reine de la citéd’Imagithos, et il décidait que rien ne l’empêcherait de la voir.

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En une matinéefroide brumeuse, Thar quitta la petite ville de Rounar pour prendre le cheminde Imagithos. Il était armé seulement par un petit sac dans lequel reposait undes livres de l’ancienne religion et un flacon rempli par un liquide rosâtreque personne ne pouvait identifier.

Pour atteindre sadestination, le jeune prêtre devait arpenter le même chemin que ceux qui sontpartis avant lui.  Il passa des journéesdifficiles pour escalader le majestueux Mont Blanc avec ses tempêtes de neigegéantes, ses routes périlleuses et ses énormes Loups Blancs qu’on disait venusde l’enfer de Glace gouverné par le dieu Odinthar dieu des terres du nord. Traversercette montagne nécessitait une connaissance des routes sécurisés par lescommerçants qui avaient l’habitude de le sillonner, sinon la mort t’attraperasoit au fond d’un énorme gouffre, soit par le vent glacial d’une tempête outout simplement entre les dents des Loups Blancs. Grace à son courage, à unecarte qu’il avait trouvée dans la bibliothèque du temps, et aux incantationsmagiques que son livre de l’ancienne religion contenait, Thar put traverser lepérilleux mont Blanc, non sans difficulté. Le rêve de la reine Sonja n’arrêtâtpas de lui hanter la tête même quand il passait ses nuits au fond d’une cavernecouvert par son manteau conçu avec la peau des Dragons, toujours chaude.

Le plus dangereuxétait le Mont Noir, plus haut que le Blanc et qui parait comme un géant noirtouchant le ciel. Tout au Mont Noir était soit gris, soit noir ; les raresarbres, les pierres, les quelques espèces vivantes que personne ne pouvaitidentifier et le plus dangereux parmi eux, le peuple des Ombres, des créatureshideuses qui ne sortaient que la nuit. Elles n’avaient pas de formes etoccupaient les ombres et les recoins obscurs. Chacune de ces créatures sans nompouvait atteindre la hauteur de 50 pieds ou devenir plus petit qu’une fleur,cela dépendait de la quantité d’ombre qu’elle pouvait trouver.  Pour pouvoir traverser ce monde de noirceur etde mort, Thar arpenta le pont qui liait les deux pics. On dit que ce pont étaitconçu au début du Temps par les Dieux eux même pour lier les deux sommets mais rares sont les gens qui l’ont traversétellement la hauteur était vertigineuse et le pont lui-même étroit et vacillantet que le moindre vent balançait tel un serpent fou. L’avantage de ce pont estqu’il permettait de passer du Mont Blanc au Mont Noir en une demi-journée alorsque le chemin terrestre prenait dix jours et nécessitait l’affrontement avectoutes les monstruosités qui existaient.  En arrivant un pic du Mont Noir, un escalierde pierres permettait de descendre jusqu’à l’autre côté. De là, Thar reprit sonchemin tout en s’assurant qu’il n’avait pas perdu son livre et son flacon.

Arrivant àl’immense vallée depuis laquelle on pouvait voir les murailles d’Imagithos,Thar a fait ce que personne n’a jamais osé avant lui.

Il suivit son rêve.

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Thar avait décidé de faire ce que personned’autre n’a fait. Il se mit tout nu devant le grand et majestueux fleuve du Noxet sauta dans ses eaux.

Personne avant lui n’avait eu le courage deplonger dans le Nox. On disait que dans ses eaux pleines de rêves er decauchemars, tout homme pouvait perdre la vie ou la raison facilement. On disaitqu’en suivant le courant des rêves, il état impossible de refaire surface etles rares qui étaient sortis du fleuve, ne mangeaient plus, ne parlaient plus,ne dormaient plus. Ils avaient les yeux ailleurs comme s’ils voyaient deschoses que les autres gens ne voyaient pas. Ils passaient des journées entièreainsi jusqu’à mourir dans une souffrance que seuls leurs proches enduraient,parce que ces malheureux qui ont nagé dans le Nox quittaient la vie tout enrêvant.

Le jeune prêtre avait toutes ces histoiresdans la tête, quand son corps toucha la surface du fleuve et s’enfonça dans leseaux à mille couleurs.  Son idée étaitsimple mais dangereuse. Il allait chercher parmi les millions de rêves et cauchemars, son rêve à lui et le suivre.On dit que le fleuve du Nox passe sous la ville d’Imagithos et que leshabitants de la ville sont nés dans cette eau. Thar avait la folle idée desuivre son rêve jusqu’au cœur de la cité interdite. Il était convaincu quec’est seulement en nageant au fond des rêves qu’il va pouvoir voir la reineSonja, la femme qui a hanté ses nuits comme un péché mortel.  Folie et rêve étaient ses armes pouratteindre la « reine qui murmurait sur la peau des hommes ».

Nager dans ce monde dangereux ou les songessont réalités et ou la réalité n’était qu’illusion n’était pas une chose facile.Il se battait pour ne pas être absorbé par les rêves d’autres personnes ;pour ne pas regarder dans les images qui montraient le début de la vie et lafin du monde, l’amour et la haine, les jouissances inimaginables et lesdouleurs que nul Homme ne peut supporter ; pour ne pas sombrer dans lesfolies des anciens et les tourmentes des hommes qui ne sont pas encore nés. Ilentendait des cris, des pleurs, des rires, des gémissements, des poèmes, de lamusique,  et des voix que nul homme estcensé entendre. Il voyait les Anciens Dieux, la mort, le secret de la création,les diables qui font la guerre contre les mortels, les montagnes qui seréduisaient en cendres sous la colère d’entités célestes.  Il voyait des choses que l’esprit d’un simplemortel ne pourrait supporter et comprenait pourquoi on perdait la tête dans leseaux multicolores du Nox.

Le prête commença a perdre sa conscience, ilsentit son corps le trahir, sa respiration ralentir, il se sut perdu à jamaisquand soudain, quelque chose passa à côté de lui, le toucha et le réveilla d’uncoup avant qu’il sombre dans le Nox. C’était son rêve qui passait juste à côtéde lui, alors il reprit ses forces et le suivit en priant les Anciens et lesnouveaux Dieux pour pouvoir arriver à sa fin.

Il ne quitta pas son rêve des yeux tout ennageant jusqu’à se qu’il passa dans une grotte souterraine ou l’obscurité étaitla règle. Il n’arrêta pas de bouger ses bras et ses jambes tout en suivant lalumière faible de son rêve qui le guidait.

La lumière de son rêve se cessa des’intensifier jusqu’ à ce qu’elle l’aveugle complètement et qu’il se trouvaobligé de fermer les yeux.

Quand il les ouvrit, il était dans le palaisde la reine Sonja.

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